A tous ceux qui croient encore aux histoires incroyables.
La rentrée littéraire peut être aussi cela pour le lecteur curieux et fouineur : la découverte d'un premier roman, pépite noyée dans le flot pléthorique des parutions. Publication qui valut à son auteure âgée de vingt-six ans d'être, en 2011, la plus jeune lauréate de l'Orange Prize.
Pour apprécier totalement ce livre, il est bon de préciser que Téa Obreht est née en 1985 à Belgrade, dans une Serbie malmenée par la guerre. Après avoir vécu à Chypre puis en Egypte, elle émigre aux Etats Unis à l'âge de douze ans où elle réside actuellement.
Elle nous entraîne à la suite de Natalia, jeune médecin, de retour dans les Balkans, pour une campagne de vaccination dans un orphelinat. Immergée dans le pays de ses origines, elle ne peut que constater les cicatrices laissées par la guerre, les difficultés et la lenteur de la reconstruction. Happée par les souvenirs, elle revit les instants, lorsqu'elle n'avait que quatre ans, partagés avec son grand-père médecin lui aussi. Il l'emmenait régulièrement au zoo, où ils rendaient visite au tigre qui le fascinait. A chaque sortie, ils faisaient des pauses qu'il mettait à profit pour lui lire des passages du Livre de la Jungle dans cette vieille édition qui ne quittait jamais sa poche.
Mais surtout, il lui racontait des histoires pleines de mystère, celle du "boucher-musicien", du "chasseur d'ours" Darsa, de "la femme du tigre", de "l'homme-qui-ne-mourra-pas" et celle de la complicité incroyable de "la sourde-muette" et de l'enfant de neuf ans.
En Europe centrale Natalia se trouve confrontée à un folklore encore très vivace qui véhicule des croyances et des supertitions ancestrales profondément ancrées qui s'opposent aux progrès de la science et les refusent.
En jouant de ce télescopage entre deux mondes, en juxtaposant un passé difficile à oublier et un présent qui a du mal à se reconstruire, l'auteure nous sert un livre qui, même si parfois il manque un peu de clarté, (c'est un premier roman je le rappelle) se consomme avec gourmandise. Ne boudons pas notre plaisir, écoutons ses histoires à dormir debout !
[...]Le tigre de mon grand-père vit là, dans une clairière où l'hiver ne se termine jamais. [...]Tout est mort dans sa mémoire, hormis la femme du tigre, alors il se lance à sa recherche, certains soirs, en poussant un cri, une note tendue dont l'intensité décroît à n'en plus finir. Une note solitaire, grave, que plus personne n'entend. (page 330)
Editions Calmann-Lévy 2011 (331 pages)
The tiger's wife traduit de l'anglais (américain) par Marie Boudewyn
www.lemonde.fr>livres
www.lexpress.fr/...:tea-obreht
dimanche 27 novembre 2011
vendredi 11 novembre 2011
Désolations de David Vann
Tragédie glaçante en Alaska, hostile et dur à l'homme en quête de réussite.
En 2010, David Vann marque la rentrée littéraire en obtenant le prix Médicis étranger pour Sukkwan Island. Une consécration méritée pour son premier roman traduit en français : écriture aboutie, intrigue bien menée, atmosphère angoissante qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page.
Un an après, le voici de retour avec un nouveau roman : Désolations. Même décor, l'Alaska, seule l'île a changé. Tout se joue ici sur Caribou Island au milieu de ce lac véritable mer intérieure soumise aux eaux démontées, aux vents violents des tempêtes qui rendent la navigation impossible.
Cette fois, pas de huis clos entre un père et son fils adolescent. L'auteur mêle l'histoire de quatre couples et nous conte, en particulier, le face à face de Gary et d'Irène, véritable confrontation après trente années de vie commune et de questions non résolues.
Gary, malgré les réticences d'Irène, a décidé de construire une cabane en rondins sur cette île afin qu'ils y passent l'hiver : rêve d'un éternel insatisfait, toujours en quête d'expériences plus ou mons bien préparées et pas forcément réalisables. Irène le suit, sans enthousiasme, espérant sauver leur couple à la dérive. Sous le regard inquiet et critique de Mark et Rhoda, les enfants qu'ils ont élevés au bord du lac, l'arrivée précoce de l'hiver et les migraines douloureuses d'Irène vont pertuber et compliquer leur projet.
D'une écriture souple et précise, l'auteur nous promène de descriptions d'une nature impitoyable quand elle se déchaîne, belle et poétique quand elle se calme, aux évocations bouleversantes des doutes et des ressentis des personnages. Dans ce deuxième roman, pas de drame à la page 113, pas de déflagration, mais une insidieuse montée dans l'absurde d'un non-retour et le constat que la vie de couple est bien souvent enfermement et solitude.
Par un long crescendo délirant et insoutenable, le roman s'achève en apothéose, scène finale digne d'un opéra vériste où la nature reprend ses droits et refuse à l'homme la consolation et la rédemption qu'il attendait d'elle.
Editions Gallmeister 2011 (304 pages)
Caribou Island, traduit de l'américain par Laura Derajinski
David Vann : est né en 1966 sur l'île Adak en Alaska
il vit en Californie où il enseigne à l'université de San Francisco.
Sukkwan Island est son premier roman traduit en français.
www.gallmeister.fr/livre?livre id=517
www.lexpress.fr/culture/.../desolations-de-david-vann 1017282.htlm
En 2010, David Vann marque la rentrée littéraire en obtenant le prix Médicis étranger pour Sukkwan Island. Une consécration méritée pour son premier roman traduit en français : écriture aboutie, intrigue bien menée, atmosphère angoissante qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page.
Un an après, le voici de retour avec un nouveau roman : Désolations. Même décor, l'Alaska, seule l'île a changé. Tout se joue ici sur Caribou Island au milieu de ce lac véritable mer intérieure soumise aux eaux démontées, aux vents violents des tempêtes qui rendent la navigation impossible.
Cette fois, pas de huis clos entre un père et son fils adolescent. L'auteur mêle l'histoire de quatre couples et nous conte, en particulier, le face à face de Gary et d'Irène, véritable confrontation après trente années de vie commune et de questions non résolues.
Gary, malgré les réticences d'Irène, a décidé de construire une cabane en rondins sur cette île afin qu'ils y passent l'hiver : rêve d'un éternel insatisfait, toujours en quête d'expériences plus ou mons bien préparées et pas forcément réalisables. Irène le suit, sans enthousiasme, espérant sauver leur couple à la dérive. Sous le regard inquiet et critique de Mark et Rhoda, les enfants qu'ils ont élevés au bord du lac, l'arrivée précoce de l'hiver et les migraines douloureuses d'Irène vont pertuber et compliquer leur projet.
D'une écriture souple et précise, l'auteur nous promène de descriptions d'une nature impitoyable quand elle se déchaîne, belle et poétique quand elle se calme, aux évocations bouleversantes des doutes et des ressentis des personnages. Dans ce deuxième roman, pas de drame à la page 113, pas de déflagration, mais une insidieuse montée dans l'absurde d'un non-retour et le constat que la vie de couple est bien souvent enfermement et solitude.
Par un long crescendo délirant et insoutenable, le roman s'achève en apothéose, scène finale digne d'un opéra vériste où la nature reprend ses droits et refuse à l'homme la consolation et la rédemption qu'il attendait d'elle.
Editions Gallmeister 2011 (304 pages)
Caribou Island, traduit de l'américain par Laura Derajinski
David Vann : est né en 1966 sur l'île Adak en Alaska
il vit en Californie où il enseigne à l'université de San Francisco.
Sukkwan Island est son premier roman traduit en français.
www.gallmeister.fr/livre?livre id=517
www.lexpress.fr/culture/.../desolations-de-david-vann 1017282.htlm
mardi 25 octobre 2011
Les solidarités mystérieuses de Pascal Quignard
" Je pense que ma soeur était un chemin perdu au-dessus de la mer." Paul (page 234)
J'attendais le livre de la rentrée, celui qui me clouerait à ses pages, m'apporterait enfin l'émotion que j'attends d'une nouvelle lecture. L'émotion qui emplit le liseur de bonheur par la perfection de son écriture, qui comble son attente par des personnages qui continuent de l'habiter le livre refermé.
Les solidarités mystérieuses, c'est tout cela ! Mais c'est aussi ce petit coin de Bretagne dans le département qu'on disait autrefois Les Côtes du Nord et qu'on appelle maintenant Les Côtes d'Armor pour ne pas effrayer le touriste.
C'est donc à quelques encablures de Dinard et de Saint-Malo que Claire fait retour au pays de son enfance, oubliant sa vie parisienne de traductrice. Peu à peu, elle se rapproprie les lieux, le petit port de pêche coincé entre les vagues et la falaise, les rochers de granite battus par le vent, la lande giflée par des pluies violentes, la mer et la fascinante beauté de ses colères qui font que ses eaux deviennent noires.
Bien sûr, elle retrouve ses amies d'enfance et leur complicité intacte, son professeur de piano qui lui lèguera une vieille ferme noyée dans les arbres au milieu de la lande marécageuse. Surtout elle retrouve Simon, le seul, l'unique, l'amour de sa jeunesse qu'elle n'a jamais oublié. Au fond, ne serait-ce pas pour lui qu'elle est revenue ? Mais Simon n'est plus libre : il est marié, père d'un enfant malade.
Claire arpente pendant des heures la lande, épie Simon lovée dans un recoin de la falaise, observe la mer et ses humeurs. Elle sombre peu à peu dans l'absence aux autres, devient partie intégrante d'un lieu qui la phagocyte, la rend presque invisible. Tout ceci, avec la complicité muette de Paul, son frère venu la rejoindre, et sous le regard compréhensif et bienveillant de Jean, le curé compagnon de Paul, de Juliette la fille qu'elle a abandonnée il y a fort longtemps, du Père Calève amoureux de sa lande et de bien d'autres encore qui apporteront, chacun à sa manière, les détails indispensables à la compréhension de l'histoire de Claire.
"J'aimais Paul et j'admirais le couple que le frère et la soeur formaient. J'étais émerveillé devant la solidité du lien qui les unissait. Rien de ce que l'un ou l'autre pouvait faire n'était capable d'altérer l'affection qu'ils se portaient. Rien de ce qu'ils avaient pu connaître au cours de leurs métiers, mariages, démissions, divorces, ni le frère ni la soeur ne voulaient l'examiner. Et surtout, en aucun cas ils n'auraient voulu le juger. Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse." Jean (page185)
Une fuite qui ne laisse rien au hasard puisqu'elle est retour à la terre originelle."Terre mère" avec laquelle elle a toujours gardé un lien indéfectible. Terre de contemplation, de méditation, de dénuement volontaire afin d'accéder à la paix et au repos.
A partir de la mort de Simon ce fut la paix. Une paix étrange, totale, vint sur Claire. Une paix inentamable atteignit Claire. Il en est allé ainsi de tous les jours qu'elle vécut à partir de là. Tout était accompli et elle survivait simplement à cet accomplissement. Ou plutôt elle participait à cet accomplissement. Elle errait encore dans le monde après son amour, regardant de loin son amour comme si tout était fini depuis longtemps. Elle avançait sur la lande où elle achevait son parcours. [...]Claire était devenue Simon et était devenue le lieu." Paul (pages230-231)
D'une écriture débarassée du superflu, précise mais évocatrice, où chaque mot est pensé, essentiel, l'auteur donne tant de vie à la lande que le lecteur ne serait pas surpris de voir apparaître les goules et les korrigans des vieilles légendes bretonnes.
Une histoire romanesque qui nous parle de l'amour, de l'amour impossible, celui que l'on cache, de la solitude, de la mort, en un mot de la vie.
Editions Gallimard 2011 (252 pages)
Pascal Quignard :
23/04/1948 naissance à Verneuil-sur-Avre dans l'Eure. Son père est proviseur, sa mère principale de collège. Enfance difficile : périodes de mutisme et d'anorexie. Musicien, s'essaie à différents instruments.
1966-1968 études de philosophie à Nanterre. Ses professeurs : Emmanuel Levinas et Paul Ricoeur. Condisciple : Daniel Cohn-Bendit.
1969 travaille aux éditions Mercure de France et Gallimard.
1990-1993 préside les concerts des Nations aux côtés de Jordi Savall
1991 crée, sous la houlette de François Mitterand, le festival international d'opéra et de theâtre baroques au château de Versailles.
1994 se consacre entièrement à l'écriture.
1997 hospitalisé pour une crise cardiaque. Expérience qui change sa façon d'écrire : mêle tous les genres. "En moi tous les genres sont tombés".
Bibliographie :
1976 Le Lecteur
1976 Carus (Prix des critiques)
1986 Le salon de Wurtemberg
1989 Les escaliers de Chambord
1991 Tous les matins du monde (Film d'Alain Corneau avec Marielle et Depardieu)
1994 Le sexe et l'effroi
1997 Vie secrète
2000 Terrasse à Rome (Grand prix du roman de l'Académie française)
2002 Le dernier royaume : publication des 2 premiers volumes dont
Les ombres errantes (Prix Goncourt)
2005Le dernier royaume Publication de 2 autres volumes
2006 Villa Amalia (Film de Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert)
2009 La barque silencieuse volume 6 de Dernier royaume.
2011 Les solidarités mystérieuses.
http://.wikipedia.org/wiki/Pascal_Quignard/
www.comme-un-roman.com/...:pascal-quignard.html
J'attendais le livre de la rentrée, celui qui me clouerait à ses pages, m'apporterait enfin l'émotion que j'attends d'une nouvelle lecture. L'émotion qui emplit le liseur de bonheur par la perfection de son écriture, qui comble son attente par des personnages qui continuent de l'habiter le livre refermé.
Les solidarités mystérieuses, c'est tout cela ! Mais c'est aussi ce petit coin de Bretagne dans le département qu'on disait autrefois Les Côtes du Nord et qu'on appelle maintenant Les Côtes d'Armor pour ne pas effrayer le touriste.
C'est donc à quelques encablures de Dinard et de Saint-Malo que Claire fait retour au pays de son enfance, oubliant sa vie parisienne de traductrice. Peu à peu, elle se rapproprie les lieux, le petit port de pêche coincé entre les vagues et la falaise, les rochers de granite battus par le vent, la lande giflée par des pluies violentes, la mer et la fascinante beauté de ses colères qui font que ses eaux deviennent noires.
Bien sûr, elle retrouve ses amies d'enfance et leur complicité intacte, son professeur de piano qui lui lèguera une vieille ferme noyée dans les arbres au milieu de la lande marécageuse. Surtout elle retrouve Simon, le seul, l'unique, l'amour de sa jeunesse qu'elle n'a jamais oublié. Au fond, ne serait-ce pas pour lui qu'elle est revenue ? Mais Simon n'est plus libre : il est marié, père d'un enfant malade.
Claire arpente pendant des heures la lande, épie Simon lovée dans un recoin de la falaise, observe la mer et ses humeurs. Elle sombre peu à peu dans l'absence aux autres, devient partie intégrante d'un lieu qui la phagocyte, la rend presque invisible. Tout ceci, avec la complicité muette de Paul, son frère venu la rejoindre, et sous le regard compréhensif et bienveillant de Jean, le curé compagnon de Paul, de Juliette la fille qu'elle a abandonnée il y a fort longtemps, du Père Calève amoureux de sa lande et de bien d'autres encore qui apporteront, chacun à sa manière, les détails indispensables à la compréhension de l'histoire de Claire.
"J'aimais Paul et j'admirais le couple que le frère et la soeur formaient. J'étais émerveillé devant la solidité du lien qui les unissait. Rien de ce que l'un ou l'autre pouvait faire n'était capable d'altérer l'affection qu'ils se portaient. Rien de ce qu'ils avaient pu connaître au cours de leurs métiers, mariages, démissions, divorces, ni le frère ni la soeur ne voulaient l'examiner. Et surtout, en aucun cas ils n'auraient voulu le juger. Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse." Jean (page185)
Une fuite qui ne laisse rien au hasard puisqu'elle est retour à la terre originelle."Terre mère" avec laquelle elle a toujours gardé un lien indéfectible. Terre de contemplation, de méditation, de dénuement volontaire afin d'accéder à la paix et au repos.
A partir de la mort de Simon ce fut la paix. Une paix étrange, totale, vint sur Claire. Une paix inentamable atteignit Claire. Il en est allé ainsi de tous les jours qu'elle vécut à partir de là. Tout était accompli et elle survivait simplement à cet accomplissement. Ou plutôt elle participait à cet accomplissement. Elle errait encore dans le monde après son amour, regardant de loin son amour comme si tout était fini depuis longtemps. Elle avançait sur la lande où elle achevait son parcours. [...]Claire était devenue Simon et était devenue le lieu." Paul (pages230-231)
D'une écriture débarassée du superflu, précise mais évocatrice, où chaque mot est pensé, essentiel, l'auteur donne tant de vie à la lande que le lecteur ne serait pas surpris de voir apparaître les goules et les korrigans des vieilles légendes bretonnes.
Une histoire romanesque qui nous parle de l'amour, de l'amour impossible, celui que l'on cache, de la solitude, de la mort, en un mot de la vie.
Editions Gallimard 2011 (252 pages)
Pascal Quignard :
23/04/1948 naissance à Verneuil-sur-Avre dans l'Eure. Son père est proviseur, sa mère principale de collège. Enfance difficile : périodes de mutisme et d'anorexie. Musicien, s'essaie à différents instruments.
1966-1968 études de philosophie à Nanterre. Ses professeurs : Emmanuel Levinas et Paul Ricoeur. Condisciple : Daniel Cohn-Bendit.
1969 travaille aux éditions Mercure de France et Gallimard.
1990-1993 préside les concerts des Nations aux côtés de Jordi Savall
1991 crée, sous la houlette de François Mitterand, le festival international d'opéra et de theâtre baroques au château de Versailles.
1994 se consacre entièrement à l'écriture.
1997 hospitalisé pour une crise cardiaque. Expérience qui change sa façon d'écrire : mêle tous les genres. "En moi tous les genres sont tombés".
Bibliographie :
1976 Le Lecteur
1976 Carus (Prix des critiques)
1986 Le salon de Wurtemberg
1989 Les escaliers de Chambord
1991 Tous les matins du monde (Film d'Alain Corneau avec Marielle et Depardieu)
1994 Le sexe et l'effroi
1997 Vie secrète
2000 Terrasse à Rome (Grand prix du roman de l'Académie française)
2002 Le dernier royaume : publication des 2 premiers volumes dont
Les ombres errantes (Prix Goncourt)
2005Le dernier royaume Publication de 2 autres volumes
2006 Villa Amalia (Film de Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert)
2009 La barque silencieuse volume 6 de Dernier royaume.
2011 Les solidarités mystérieuses.
http://.wikipedia.org/wiki/Pascal_Quignard/
www.comme-un-roman.com/...:pascal-quignard.html
jeudi 13 octobre 2011
L'obligation du sentiment de Philippe Honoré
"Familles je vous hais !" (André Gide)
C'est dans un restaurant à l'ambiance feutrée, musique douce et service discret, que Jeanne et Louis vont mettre un terme à leur histoire. Comment ce couple exemplaire, image du bonheur parfait et de la réussite sociale en est-il arrivé là ? Quel événement a pu provoquer une rupture aussi soudaine et impensable il y a seulement quelques heures ?
Martin, le fils qu'ils ont voulu oublier, qu'ils ont souhaité ne plus jamais revoir, pourquoi Martin, après dix années de silence, leur a-t-il donné rendez-vous à l'aéroport avant son départ ? Que leur veut-il ? Pourquoi sont-ils ressortis anéantis de cette entrevue ?
L'auteur déroule au fil des pages, l'histoire de ce couple irréprochable, totalement fusionnel, dont l'harmonie sera pertubée par la venue d'un enfant.
Le lecteur surfe sur les apparences, cherche les failles d'une telle perfection. Une vie si parfaite qu'elle en devient inhumaine, glaciale, une vie sans tendresse où l'enfant ne trouve pas sa place.
Bien qu'envahi par un profond malaise provoqué par l'atmosphère dérangeante de ce roman, le lecteur ne peut qu'en continuer la lecture happé par cette écriture froide, précise, sans fioriture, à l'image de ce qu'elle nous raconte.
Editions Arléa septembre 2008 (123 pages)
Philippe Honoré est né le 25 novembre 1941 à Vichy.
Dessinateur de presse et illustrateur il adapte des oeuvres littéraires pour la scène. (Gide, Proust, Fassbinder etc...)
Ancien directeur de théâtre (Scènes du Jura et L'Onde à Vélizy-Villacoublay) il réalise sa 1ère mise en scène en 1984.
En 2001 il publie un récit : La Mère prodigue (Ed. du Bord de L'eau)
En 2008 L'Obligation du sentiment (Arléa)
Actuellement, il est directeur de la librairie Honoré à Champigny.
www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Honore/184626
http://lesaffiniteselectives.eu/spip.php?article24
C'est dans un restaurant à l'ambiance feutrée, musique douce et service discret, que Jeanne et Louis vont mettre un terme à leur histoire. Comment ce couple exemplaire, image du bonheur parfait et de la réussite sociale en est-il arrivé là ? Quel événement a pu provoquer une rupture aussi soudaine et impensable il y a seulement quelques heures ?
Martin, le fils qu'ils ont voulu oublier, qu'ils ont souhaité ne plus jamais revoir, pourquoi Martin, après dix années de silence, leur a-t-il donné rendez-vous à l'aéroport avant son départ ? Que leur veut-il ? Pourquoi sont-ils ressortis anéantis de cette entrevue ?
L'auteur déroule au fil des pages, l'histoire de ce couple irréprochable, totalement fusionnel, dont l'harmonie sera pertubée par la venue d'un enfant.
Le lecteur surfe sur les apparences, cherche les failles d'une telle perfection. Une vie si parfaite qu'elle en devient inhumaine, glaciale, une vie sans tendresse où l'enfant ne trouve pas sa place.
Bien qu'envahi par un profond malaise provoqué par l'atmosphère dérangeante de ce roman, le lecteur ne peut qu'en continuer la lecture happé par cette écriture froide, précise, sans fioriture, à l'image de ce qu'elle nous raconte.
Editions Arléa septembre 2008 (123 pages)
Philippe Honoré est né le 25 novembre 1941 à Vichy.
Dessinateur de presse et illustrateur il adapte des oeuvres littéraires pour la scène. (Gide, Proust, Fassbinder etc...)
Ancien directeur de théâtre (Scènes du Jura et L'Onde à Vélizy-Villacoublay) il réalise sa 1ère mise en scène en 1984.
En 2001 il publie un récit : La Mère prodigue (Ed. du Bord de L'eau)
En 2008 L'Obligation du sentiment (Arléa)
Actuellement, il est directeur de la librairie Honoré à Champigny.
www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Honore/184626
http://lesaffiniteselectives.eu/spip.php?article24
samedi 20 août 2011
Le poids du papillon de Erri De Luca
"Le poids du papillon avait fini sur son coeur, vide comme un poing fermé." (pages 68-69)
Dans son précédent roman, Le jour avant le bonheur, Erri De Luca nous contait l'initiation d'un jeune orphelin napolitain. Occasion pour l'auteur d'évoquer Naples, sa ville, exubérante, grouillante et souvent indisciplinée.
Dans Le poids du papillon, le décor change totalement. Nous nous retrouvons dans les Alpes italiennes bien connues et appréciées de l'écrivain puisqu'il s'y adonne régulièrement à l'alpinisme en solitaire et pratiquant chevronné. Plus d'enfant en mal de "grandir" mais un face à face entre un homme et un...chamois. Deux personnages hors du commun qui se ressemblent !
L'homme, braconnier, "voleur de bétail", vit en solitaire dans une cabane les deux pieds bien ancrés dans sa haute montagne en parfaite symbiose avec son milieu. Milieu qui donne beaucoup à celui qui l'aime et le respecte, mais qui peut devenir dangereux et cruel quand sa colère gronde.
Le chamois, d'une taille exceptionnelle, orphelin, sa mère fût tuée par un chasseur, apprendra seul les dangers de la montagne et comprendra vite que l'homme peut devenir son pire ennemi. Bien que "roi" de sa harde il restera à l'écart du troupeau ne rejoignant celui-ci qu'afin de perpétuer sa descendance.
La rencontre de ces deux êtres d'exception est inévitable. Si le chamois a toujours réussi à déjouer les ruses du chasseur, celui-ci espère bien arriver à ses fins. La rencontre sera grandiose dans sa simplicité : ils vont se rejoindre dans l'immense sagesse de l'acceptation du temps qui doit s'achever. Et la force sera vaincue par la délicatesse et la douceur des ailes d'un papillon.
"Un bûcheron les trouva là au printemps, l'un sur l'autre, après un hiver de neige fantastique. Ils étaient encastrés au point de ne pouvoir être séparés qu'à la hache. Il les enterra ensemble. Sur la corne gauche du chamois, la glace avait laissé l'empreinte d'un papillon blanc." (page 69)
Il me paraît superflu de parler de beauté de l'écriture, elle est évidente bien sûr, mais je ne pense pas exagérer en disant qu'elle a, pour moi, le lyrisme du bel canto : l'auteur est italien et ne le renie pas !.Pourtant, jamais il ne s'éloigne de cette nature omniprésente, personnage à part entière de ce récit. Il nous dévoile le plus secret de la montagne. Grâce à lui nous l'entendons vivre, respirer, accueillir le vent, gémir sous les orages, attendre la neige. Paradis pour les hommes et les animaux qui la respectent, elle devient intraitable pour ceux qui la violent ou tentent de la vaincre et de la dompter.
Et si le lecteur attentif creuse entre les lignes, il pourra découvrir derrière les mots la sagesse de l'homme pétri d'humilité et la sensibilité de l'écrivain qui sème tout au long de ses pages les petits cailloux blancs de sa vie qui donnent tant d'humanité à son oeuvre.
Il peso della farfalla (2009) traduit par Danièle Valin
Editions Gallimard (2011) 81 pages
Erri De Luca
1950 (20 mai) naît à Naples dans une famille bourgeoise ruinée par la guerre. La famille s'installe dans le quartier populaire de Montedidio, puis dans une "belle maison"où son adolescence ne sera pas plus heureuse.
1968-1977 à la fin de ses études secondaires il s'engage dans la vie politique :Lotta continua, mouvement d'extrême gauche;
1978 travaille chez Fiat où il participe activement aux luttes syndicales.
1983 il découvre la Bible et se passionne pour l'Ancien Testament et apprend seul l'hébreu.
1992-1995 Bosnie-Herzégovine où il est chauffeur de camion dans les convois humanitaires.
2001 il vit dans la campagne romaine dans une ancienne étable : vie spartiate, monacale en harmonie avec la nature.
C'est un alpiniste émérite qui s'est mesuré, entre autre, à l'Himalaya et l'Annapurna.
Quelques titres :
1992 Une fois par jour (Verdier)
1993 Acide' Arc-en-ciel (Rivages)
1994 Un nuage comme tapis (Rivages)
1996 En haut à gauche (nouvelles Rivages)
1998 Tu, mio (roman Rivages)
2001 Trois chevaux (roman Gallimard)
2002 Montedidio (roman Gallimard)
2004 Noyau d'olive (Gallmard)
2008 Le contraire de un (nouvelles Gallimard)
2010 Le jour avant le bonheur (roma Gallimard)
Pour une documentation plus complète :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Erri_De_Luca
Dans son précédent roman, Le jour avant le bonheur, Erri De Luca nous contait l'initiation d'un jeune orphelin napolitain. Occasion pour l'auteur d'évoquer Naples, sa ville, exubérante, grouillante et souvent indisciplinée.
Dans Le poids du papillon, le décor change totalement. Nous nous retrouvons dans les Alpes italiennes bien connues et appréciées de l'écrivain puisqu'il s'y adonne régulièrement à l'alpinisme en solitaire et pratiquant chevronné. Plus d'enfant en mal de "grandir" mais un face à face entre un homme et un...chamois. Deux personnages hors du commun qui se ressemblent !
L'homme, braconnier, "voleur de bétail", vit en solitaire dans une cabane les deux pieds bien ancrés dans sa haute montagne en parfaite symbiose avec son milieu. Milieu qui donne beaucoup à celui qui l'aime et le respecte, mais qui peut devenir dangereux et cruel quand sa colère gronde.
Le chamois, d'une taille exceptionnelle, orphelin, sa mère fût tuée par un chasseur, apprendra seul les dangers de la montagne et comprendra vite que l'homme peut devenir son pire ennemi. Bien que "roi" de sa harde il restera à l'écart du troupeau ne rejoignant celui-ci qu'afin de perpétuer sa descendance.
La rencontre de ces deux êtres d'exception est inévitable. Si le chamois a toujours réussi à déjouer les ruses du chasseur, celui-ci espère bien arriver à ses fins. La rencontre sera grandiose dans sa simplicité : ils vont se rejoindre dans l'immense sagesse de l'acceptation du temps qui doit s'achever. Et la force sera vaincue par la délicatesse et la douceur des ailes d'un papillon.
"Un bûcheron les trouva là au printemps, l'un sur l'autre, après un hiver de neige fantastique. Ils étaient encastrés au point de ne pouvoir être séparés qu'à la hache. Il les enterra ensemble. Sur la corne gauche du chamois, la glace avait laissé l'empreinte d'un papillon blanc." (page 69)
Il me paraît superflu de parler de beauté de l'écriture, elle est évidente bien sûr, mais je ne pense pas exagérer en disant qu'elle a, pour moi, le lyrisme du bel canto : l'auteur est italien et ne le renie pas !.Pourtant, jamais il ne s'éloigne de cette nature omniprésente, personnage à part entière de ce récit. Il nous dévoile le plus secret de la montagne. Grâce à lui nous l'entendons vivre, respirer, accueillir le vent, gémir sous les orages, attendre la neige. Paradis pour les hommes et les animaux qui la respectent, elle devient intraitable pour ceux qui la violent ou tentent de la vaincre et de la dompter.
Et si le lecteur attentif creuse entre les lignes, il pourra découvrir derrière les mots la sagesse de l'homme pétri d'humilité et la sensibilité de l'écrivain qui sème tout au long de ses pages les petits cailloux blancs de sa vie qui donnent tant d'humanité à son oeuvre.
Il peso della farfalla (2009) traduit par Danièle Valin
Editions Gallimard (2011) 81 pages
Erri De Luca
1950 (20 mai) naît à Naples dans une famille bourgeoise ruinée par la guerre. La famille s'installe dans le quartier populaire de Montedidio, puis dans une "belle maison"où son adolescence ne sera pas plus heureuse.
1968-1977 à la fin de ses études secondaires il s'engage dans la vie politique :Lotta continua, mouvement d'extrême gauche;
1978 travaille chez Fiat où il participe activement aux luttes syndicales.
1983 il découvre la Bible et se passionne pour l'Ancien Testament et apprend seul l'hébreu.
1992-1995 Bosnie-Herzégovine où il est chauffeur de camion dans les convois humanitaires.
2001 il vit dans la campagne romaine dans une ancienne étable : vie spartiate, monacale en harmonie avec la nature.
C'est un alpiniste émérite qui s'est mesuré, entre autre, à l'Himalaya et l'Annapurna.
Quelques titres :
1992 Une fois par jour (Verdier)
1993 Acide' Arc-en-ciel (Rivages)
1994 Un nuage comme tapis (Rivages)
1996 En haut à gauche (nouvelles Rivages)
1998 Tu, mio (roman Rivages)
2001 Trois chevaux (roman Gallimard)
2002 Montedidio (roman Gallimard)
2004 Noyau d'olive (Gallmard)
2008 Le contraire de un (nouvelles Gallimard)
2010 Le jour avant le bonheur (roma Gallimard)
Pour une documentation plus complète :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Erri_De_Luca
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