Beauval petite ville entourée de forêts à l'ambiance provinciale où tout le monde se connaît, où les secrets ne sont jamais bien longtemps gardés ! Antoine y habite dans un quartier paisible et sans histoires. Fils de divorcés, il ne voit plus son père installé en Allemagne et vit seul avec sa mère, une femme qui a des principes et les applique sans faillir.
En 1999, Antoine a 12 ans quand l'histoire commence et que la fabrique de jouets en bois, unique entreprise de la ville, se met à péricliter. Situation d'autant plus difficile pour son directeur qu'il est aussi maire de la commune et qu'il doit faire face à l'inquiétude des habitants soucieux de leur avenir. Encore épargnés par les préoccupations des adultes, Antoine et ses copains n'ont rien changé à leurs habitudes : qu'ils construisent des cabanes dans la forêt de Saint-Eustache ou qu'ils jouent autour de la scierie ils n'échappent que rarement au contrôle bienveillant d'un adulte passant par là.
Ulysse, le chien de leurs voisins les Desmedt, avait pris l'habitude de suivre Antoine dans ses vagabondages solitaires et Antoine avait pris l'habitude de lui parler, de lui confier ses problèmes que l'animal semblait écouter avec attention. Parce qu'elle le trouvait digne de confiance, Mme Desmedt permettait parfois à Rémi, son fils âgé de 6 ans, de les accompagner.
Quelques jours avant Noël, Antoine délaissé par ses copains trop occupés à jouer avec la PlayStation de Kévin objet de toutes les interdictions maternelles, décide par dépit de construire seul une cabane suspendue dans les arbres et d'en garder le secret. Mais il ne résistera pas longtemps à la tentation de la faire visiter à Rémi admiratif qui a promis de se taire.
"Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale.
Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent."
Elle est surtout à l'origine d'une série d'événements tragiques qui semblaient vouloir s'acharner sur la ville. Et c'est ainsi que les habitants, frappés de stupeur, ont appris la disparition du petit Rémi et qu'Antoine était le dernier à l'avoir vu vivant ! Antoine qui dans un moment d'égarement est propulsé au coeur d'un drame qui le dépasse et qui plonge la population dans la stupéfaction et la douleur.
Un roman sur la culpabilité mené rondement d'une écriture qui sait évoquer l'ambiance délétère d'une petite ville rurale désarçonnée face à l'amplitude et la gravité des événements, face au questionnement et à la suspicion. Les personnages sont bien vus, certaines scènes sont savoureuses même si par son insistance l'auteur, parfois, semble dévaloriser la province profonde et la maréchaussée !
Les péripéties s'accumulent, deviennent de plus en plus menaçantes pour Antoine, volonté un peu trop appuyée de l'auteur de maintenir le lecteur en haleine et si rocambolesques qu'elles retirent toute crédibilité au récit. Elles nous acheminent vers un dénouement qui, je l'avoue, après m'avoir bien agacée, a fini par me faire sourire.
Editions Albin Michel 2016 (280 pages- 19,80€)
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jeudi 5 mai 2016
dimanche 26 janvier 2014
Les évaporés de Thomas B. Reverdy
Au Japon disparaître est une tradition qui remonte à l'époque féodale. Nul ne recherche "les évaporés". Les familles, couvertes de honte, gardent le silence. Les catastrophes, les dettes, une corruption galopante, fuir la police et les yakusas, les exécutants de la toute puissante mafia japonaise, sont autant de bonnes raisons pour certains de s'évaporer.
"Ce que nous appelons ici johatsu remonte à l'époque Edo. Les criminels ou les gens qui avaient une dette d'honneur allaient se purifier aux sources du mont Fuji ... ils entraient dans les bains de vapeur et ils disparaissaient. C'est pour cela qu'on les appelle des évaporés."
En pleine nuit, Kazehiro quitte furtivement sa maison. Il a laissé une lettre d'adieu, ses clés, son téléphone et son portefeuille dont il a extrait une liasse de gros billets. Témoin gênant de pratiques frauduleuses à la banque où il travaillait, décidé à ne prendre aucun risque, il choisit de s'évaporer et de s'appeler dorénavant Kaze.
Akainu n'a que quatorze ans, il a fui devant le tsunami, s'est éloigné de Fukushima, n'a jamais retrouvé ses parents. Il se débrouille pour survivre en travaillant dans le bar de Koba. Mais un matin, le Vieux est lâchement assassiné par les yazukas. Témoins de la scène il se sauve, réussit à leur échapper et décide alors de disparaître.
"Akainu était triste pour le Vieux, mais il ne pouvait rien y faire. Quand on n'a que quatorze ans, qu'on a faim et froid et pas d'endroit où aller, et une cheville qui fait mal, c'est difficile de savoir quoi faire de sa tristesse." (p.55)
Au refuge de la Tortue, contre des travaux d'entretien il obtient l'autorisation d'occuper un réduit pour y dormir. C'est là qu'il rencontre Kaze qui lui propose de l'embaucher dans la petite entreprise de débarras en tous genres qu'il a créée. Le travail ne manque pas, mais ils devront encore fuir, se rapprocher de la zone contaminée et finir par accepter d'y travailler.
La-bas, de l'autre côté du Pacifique, en Californie, Yukiko, la fille de Kazehiro, reçoit un appel de sa mère : elle doit rentrer au Japon pour essayer de retrouver son père récemment disparu. Yukiko demande à Richard B., son ex, poète à ses heures et détective privé de partir avec elle. Parce qu'il l'aime encore, il se laisse convaincre et accepte de l'accompagner.
"Je déteste voyager, c'est ce que Richard B. se répétait en bouclant sa valise. Il n'y avait rien au monde qu'il aimât plus que les habitudes : sa maison, ses amis, son quartier de North Beach ... (p.16)
Tout de même, le Japon, se dit-il en repensant au coup de fil de Yukiko. Pour quelqu'un qui déteste voyager, ça fait une trotte." (p.20)
Nous allons suivre Richard B. enquêtant dans un Japon parallèle, secret et déroutant où les langues ne se délient pas aisément, Yukiko happée par ses souvenirs qui redécouvre son pays sur lequel elle pensait avoir définitivement tiré un trait.
Avec Kaze et Akainu, nous connaîtrons la crainte des fuyards, l'angoisse permanente dans les quartiers des travailleurs pauvres de San'ya à Tokyo et les camps de réfugiés de Sendai dans le nord.
Kaze sera-t-il démasqué ? Akainu acceptera-t-il de rechercher ses parents et d'affronter la vérité ?
A la fois roman policier, roman d'amour, quête existentielle, l'action se déploie dans une atmosphère au charme mystérieux, crépusculaire. Bien que découpé en chapitres parfois brefs qui sont autant de nouvelles juxtaposées, le récit, passant d'un personnage à l'autre, garde à l'intrigue toute son unité.
Entre rêve et réalité, l'auteur dépeint, avec sensibilité et poésie, un Japon contemporain, tourmenté et mélancolique. Certaines pages sont poignantes de vérité, inquiétantes. Le dosage est subtile et le lecteur sous le charme !
"-Tu es venu là avec la vague. Comme les autres. Mais pour une raison que j'ignore, toi, tu refuses de nettoyer les ruines en les emmenant à la décharge.
-C'est impossible, je suis vivant.
-Bien sûr. Et tu parles à un renard.
-Ne te fous pas de moi. Comment sortir d'ici ?
-Regarde autour de toi.
-Il n'y a que de la neige. Je vais mourir de froid.
-Regarde mieux.
-Je ne vois rien.
-Ce n'est pas de la neige, idiot. Ce sont des cendres. Je t'ai dit que tout avait disparu. Tu es mort, comme tous les hommes de la côte."
Vous avez fait ce rêve à Fukushima. (p.191)
Editions Flammarion 2013 (300 pages-19€)
Ce livre a été écrit au Japon en 2012, à la villa Kujoyama à Kyoto, un an après la catastrophe naturelle du Tohoku et la catastrophe nucléaire de Fukushima.
Tout ce qui est raconté ici est vrai... (Note de l'auteur)
"Ce que nous appelons ici johatsu remonte à l'époque Edo. Les criminels ou les gens qui avaient une dette d'honneur allaient se purifier aux sources du mont Fuji ... ils entraient dans les bains de vapeur et ils disparaissaient. C'est pour cela qu'on les appelle des évaporés."
En pleine nuit, Kazehiro quitte furtivement sa maison. Il a laissé une lettre d'adieu, ses clés, son téléphone et son portefeuille dont il a extrait une liasse de gros billets. Témoin gênant de pratiques frauduleuses à la banque où il travaillait, décidé à ne prendre aucun risque, il choisit de s'évaporer et de s'appeler dorénavant Kaze.
Akainu n'a que quatorze ans, il a fui devant le tsunami, s'est éloigné de Fukushima, n'a jamais retrouvé ses parents. Il se débrouille pour survivre en travaillant dans le bar de Koba. Mais un matin, le Vieux est lâchement assassiné par les yazukas. Témoins de la scène il se sauve, réussit à leur échapper et décide alors de disparaître.
"Akainu était triste pour le Vieux, mais il ne pouvait rien y faire. Quand on n'a que quatorze ans, qu'on a faim et froid et pas d'endroit où aller, et une cheville qui fait mal, c'est difficile de savoir quoi faire de sa tristesse." (p.55)
Au refuge de la Tortue, contre des travaux d'entretien il obtient l'autorisation d'occuper un réduit pour y dormir. C'est là qu'il rencontre Kaze qui lui propose de l'embaucher dans la petite entreprise de débarras en tous genres qu'il a créée. Le travail ne manque pas, mais ils devront encore fuir, se rapprocher de la zone contaminée et finir par accepter d'y travailler.
La-bas, de l'autre côté du Pacifique, en Californie, Yukiko, la fille de Kazehiro, reçoit un appel de sa mère : elle doit rentrer au Japon pour essayer de retrouver son père récemment disparu. Yukiko demande à Richard B., son ex, poète à ses heures et détective privé de partir avec elle. Parce qu'il l'aime encore, il se laisse convaincre et accepte de l'accompagner.
"Je déteste voyager, c'est ce que Richard B. se répétait en bouclant sa valise. Il n'y avait rien au monde qu'il aimât plus que les habitudes : sa maison, ses amis, son quartier de North Beach ... (p.16)
Tout de même, le Japon, se dit-il en repensant au coup de fil de Yukiko. Pour quelqu'un qui déteste voyager, ça fait une trotte." (p.20)
Nous allons suivre Richard B. enquêtant dans un Japon parallèle, secret et déroutant où les langues ne se délient pas aisément, Yukiko happée par ses souvenirs qui redécouvre son pays sur lequel elle pensait avoir définitivement tiré un trait.
Avec Kaze et Akainu, nous connaîtrons la crainte des fuyards, l'angoisse permanente dans les quartiers des travailleurs pauvres de San'ya à Tokyo et les camps de réfugiés de Sendai dans le nord.
Kaze sera-t-il démasqué ? Akainu acceptera-t-il de rechercher ses parents et d'affronter la vérité ?
A la fois roman policier, roman d'amour, quête existentielle, l'action se déploie dans une atmosphère au charme mystérieux, crépusculaire. Bien que découpé en chapitres parfois brefs qui sont autant de nouvelles juxtaposées, le récit, passant d'un personnage à l'autre, garde à l'intrigue toute son unité.
Entre rêve et réalité, l'auteur dépeint, avec sensibilité et poésie, un Japon contemporain, tourmenté et mélancolique. Certaines pages sont poignantes de vérité, inquiétantes. Le dosage est subtile et le lecteur sous le charme !
"-Tu es venu là avec la vague. Comme les autres. Mais pour une raison que j'ignore, toi, tu refuses de nettoyer les ruines en les emmenant à la décharge.
-C'est impossible, je suis vivant.
-Bien sûr. Et tu parles à un renard.
-Ne te fous pas de moi. Comment sortir d'ici ?
-Regarde autour de toi.
-Il n'y a que de la neige. Je vais mourir de froid.
-Regarde mieux.
-Je ne vois rien.
-Ce n'est pas de la neige, idiot. Ce sont des cendres. Je t'ai dit que tout avait disparu. Tu es mort, comme tous les hommes de la côte."
Vous avez fait ce rêve à Fukushima. (p.191)
Editions Flammarion 2013 (300 pages-19€)
Ce livre a été écrit au Japon en 2012, à la villa Kujoyama à Kyoto, un an après la catastrophe naturelle du Tohoku et la catastrophe nucléaire de Fukushima.
Tout ce qui est raconté ici est vrai... (Note de l'auteur)
jeudi 20 juin 2013
La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel
Quand un écrivain français décide d'écrire un "roman américain" !
"Pendant longtemps, j'ai moi-même écrit des livres qui se passaient en France, avec des histoires françaises et des personnages français. Mais ces dernières années, c'est vrai, j'ai fini par me dire que j'étais arrivé au bout de quelque chose, qu'après tout, mes histoires, elles auraient aussi leur place ailleurs, par exemple en Amérique, par exemple dans une cabane au bord d'un grand lac ou bien dans un motel sur l'autoroute 75, n'importe où pourvu que quelque chose se mette à bouger." (p.9)
Interpellé par l'envahissement de nos librairies par la littérature américaine, Tanguy Viel se lance un défi, écrire "un roman américain". Sous les yeux ébahis du lecteur qui devient alors son complice il entame la réalisation de son projet tout en justifiant le cheminement de sa démarche : sérier les éléments constitutifs, réunir les archétypes indispensables (un prof de Fac de cinquante ans qui revient sur sa vie, une histoire d'adultère, des guerres passée ou présente, des attentats, du trafic d'art...), ne pas oublier de ponctuer le propos de détails inutiles, de flash-backs, d'évoquer le dernier match de baseball ou de hockey sur glace, sans omettre de préciser que si le héros boit beaucoup, il a une excuse, c'est un ancien du Vietnam. Et surtout, commencer par "une grande scène où il ne se passe rien mais qui permet de présenter tout le monde".
Ce projet ironique met en scène un narrateur qui raconte la construction du roman sans empêcher celui-ci d'avoir lieu en acceptant de s'effacer et de laisser place à l'histoire.
"Je n'ai pas mis très longtemps à choisir la région qui servirait de décor à mon livre et notamment la ville de Détroit, dans le Michigan, qui est une vraie ville internationale ... une ville pleine de promesses et de surfaces vitrées. C'est même à ce genre de détails, me suis-je encore dit, qu'on pourra apprendre à connaître Dwayne Koster, qui est le nom de mon personnage principal, de même qu'on pourrait apprendre à connaître Susan Fraser, l'ex-femme de Dwayne Koster, puisque j'ai remarqué cela dans les romans américains, que le personnage principal, en général, est divorcé." (p.11-12)
L'auteur peut enfin dérouler son intrigue et révéler les événements qui ont amené Dwayne Koster à passer des heures dans sa Dodge à surveiller son ex en écoutant UFO de Jim Sullivan ce mystérieux songwriter disparu en 1975 sur un bord d'autoroute du Nouveau Mexique.
Parce que Tanguy Viel sait manipuler l'ironie avec légèreté et distanciation, la satire avec discrétion, la lecture de la première partie est tout simplement jubilatoire. J'ignore si la seconde partie est bien conforme aux normes du roman américain, mais en tant que roman français, Tanguy Viel n'aurait certainement pas à en rougir.
Les Editions de Minuit 2013 (153 pages)
Tanguy Viel né à Brest le 07/07/1973, pensionnaire de La Villa Médicis 2003-2004
- 1998 Black Note
- 2001 L'absolue perfection du crime
- 2006 Insoupçonnable
- 2009 Paris-Brest
fr.wikipedia.org/wiki/Tanguy_Viel
www.leseditionsdeminuit.fr/f/index.php?sp=liv...
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