
"Depuis bien des années, je marche pour ne pas mourir, d'un bout à l'autre de Honshu et dans les autres îles, celles où on ne risque pas de rattraper la queue de son ombre après un jour ou deux. Ma mémoire est mon seul fardeau, le plus lourd en tout cas, pesant comme un cadavre de femme. Un jour à venir, dans la montagne aux cigales, l'oubli me gratifiera de ses doux bûchers de lucioles où tout ce que l'on croyait aimer s'efface en cendres bleues avec la nuit montante. On pourrait croire que je cours après mon passé mais c'est bien pire. Je me souviens du dernier soir comme si c'était demain."
Shoichi l'étudiant narrateur avait le regard étonné des myopes qui portent des verres "larges comme des soucoupes." Saori l'universitaire l'avait remarqué au Café Crépuscule où il servait le dimanche. Admirative du poète Santoka Shoichi Taneda dont elle venait de terminer la biographie, elle fût frappée par la similitude de leur allure et de leur prénom. Elle fit les premiers pas, leur aventure fût intense mais de courte durée, Saori s'était noyée peu de temps après leur rencontre. Inconsolable, Shoichi décide de quitter Tokyo et de partir sur les traces du poète Taneda, auteur de haïkus et buveur de saké : "Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur." Dans ses bagages le manuscrit de la biographie du poète que Saori lui avait confié.

"Si les saisons et les jours sont les enfants du temps, chaque instant est un temple."
Editions Zulma 2015 (247 pages-18€)